Serions-nous allés danser le tango dans cet endroit où la jeunesse était assassinée, piétinée, torturée, serions-nous allés danser le tango dans l’Argentine de Videla ?

« Si le môme s’en sort, avons-nous dit un jour, tu vas voir la bringue qu’on va faire… On va donner une fête pour ce môme bien, sacré brave petit père de mon coeur. Nous inviterons les mômes du voisinage, des orchestres et des chanteurs s’amèneront… »

 Mais le petit vendeur à la sauvette de fruits et légumes n’a plus retrouvé son étal ambulant : les oranges, les tomates, les dattes, tout a été confisqué par la police. Mohamed Bouazizi, le môme, s’est immolé par le feu le 17 décembre , il ne s’en est pas sorti, il est mort  mardi dernier

« Malena chante un tango d’une voix cassée, Malena a un chagrin de bandonéon ».

 Aujourd’hui encore, un jeune est mort de la même façon : désespérés, vaincus, malheureux, ils s’ immolent par le feu. Vendre des fruits et légumes était leur seule façon de gagner leur vie dans un pays où règnent les passe-droits, la corruption, la répression, les disparitions…Tiens, ça ne vous rappelle pas une autre période, un autre pays ?

12 ans, 17 ans, 20 ans, 30 ans… Ils ont le même âge que ceux qui tombaient sous les balles des militaires ; aujourd’hui, ils meurent sous les balles des forces de l’ordre.

 « Ils déclenchent la grève, la faim est à la maison, le travail est dur, la paye est petite, et dans la confusion d’une lutte sanglante, la loi patronale se venge des hommes ».

Écoutons ce tango que nous crie la jeunesse syrienne, tunisienne, algérienne, égyptienne,… un tango qui parle de sucre, d’huile, de farine, un tango qui chante : « Les oranges du primeur du coin de la rue ne me lanceront plus des fleurs d’oranger ». Il n’y a plus de couleurs, de soleil, il n’y a plus de rires… Il n’y en aura plus jamais pour Marwane Jomni 20 ans, Ahmed Boulaabi 30 ans, Mohamed Omri 17 ans, Nouri Boulaabi 30 ans…

« Que se passe-t-il dans ce pays ? Que se passe-t-il ? Quel maléfice diabolique, quel maléfice diabolique l’entraîne dans la souffrance ? »
  • Le titre est un vers de « Ma France » de Jean Ferrat
  • Les textes en orange sont extraits de tangos argentins
  • Le tableau est du Peintre tunisien Bismouth 1891-1965